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Dilemme Ă  l’Education Nationale  (jeudi 27 janvier 2011)

L’anglais en maternelle ?

Peut-on apprendre l’anglais Ă  l’Ă©cole maternelle ? L’annonce du ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, qui entend Ă©largir l’apprentissage de la langue de Shakespeare aux Ă©lèves dès l’âge de 3 ans, laisse perplexes les spĂ©cialistes. Pourtant, quelques initiatives existent, essentiellement dans les grandes villes et dans des Ă©coles bilingues ou privĂ©es, Ă  la pĂ©dagogie innovante, comme l’Ă©cole juive d’Aix-en-Provence. Ă€ Paris, en grande section de maternelle, les enfants scolarisĂ©s Ă  Saint-Jean-de-Passy bĂ©nĂ©ficient actuellement d’une heure d’anglais par semaine dispensĂ©e par un intervenant Ă©tranger, moyennant un financement supplĂ©mentaire des parents.

Ces exemples amusent Michel Morel, membre du bureau de l’association des professeurs de langues vivantes. « Ces Ă©coles mettent des moyens importants dans l’apprentissage des langues vivantes, mais les parents qui peuvent se permettre de les payer sont rares. Comment peut-on envisager d’apprendre l’anglais Ă  des bambins de 3 ans qui ont dĂ©jĂ  des carences Ă©normes dans leur propre langue ? Ă€ cet âge, les connaissances de vocabulaire en français varient dĂ©jĂ  de un Ă  six. Le risque, c’est de leur faire perdre pied », estime-t-il.

S’il est favorable Ă  l’idĂ©e « d’habituer l’oreille des enfants Ă  d’autres sons, car leur cerveau est bien plus performant que celui d’un adolescent », il ne faut pas, selon lui, « commencer l’apprentissage d’une langue Ă©trangère avant de savoir lire et Ă©crire, c’est-Ă -dire vers l’âge de 6 ou 7 ans ». SĂ©bastien Sihr, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SNUipp, le premier syndicat du primaire, n’est pas forcĂ©ment hostile Ă  une telle idĂ©e. « On peut imaginer de la sensibilisation aux langues Ă©trangères sous la forme de comptines ou de jeux, par exemple. » Il rĂ©fute en revanche de façon « catĂ©gorique » la possibilitĂ© de remplacer les professeurs par de l’enseignement Ă  distance, via Internet ou la vidĂ©o, comme le propose Luc Chatel. « Les Ă©crans sont des outils très utiles, mais il est impensable qu’ils remplacent les enseignants. »

C’est pourtant bien du cĂ´tĂ© de la formation des enseignants que le bât blesse. Depuis une dizaine d’annĂ©es, les professeurs des Ă©coles primaires sont censĂ©s enseigner une langue Ă©trangère du CE1 au CM2. Le concours de recrutement comporte d’ailleurs une Ă©preuve de langue depuis 2006. Reste que les plus âgĂ©s n’ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de cet apprentissage et que les plus jeunes ne sont pas toujours Ă  l’aise, notamment Ă  l’oral, faute d’une formation suffisante, non seulement disciplinaire, mais aussi pĂ©dagogique. Il n’est pas rare que certains d’entre eux aient bĂ©nĂ©ficiĂ© d’Ă  peine neuf heures de formation.

Certains ont dans le passĂ© rĂ©ussi des certifications, « dispensĂ©es plutĂ´t lĂ©gèrement par l’administration », explique Michel Morel. Car elles permettent au ministère de limiter l’embauche des « rustines », ces intervenants extĂ©rieurs en langues ou ces professeurs du secondaire, venus pallier l’insuffisance des professeurs de primaire. Dans les filières de sciences humaines dont ils sont issus pour la plupart, les enseignants n’ont en effet le plus souvent Ă©tudiĂ© l’anglais qu’Ă  l’Ă©crit, via des traductions, par exemple. Certains n’en ont mĂŞme pas fait du tout depuis le baccalaurĂ©at. « Je connais la grammaire anglaise, mais je suis bien incapable de parler en anglais, explique Justine, professeur des Ă©coles Ă  Nice, j’aurai trop peur de faire des fautes de prononciation, d’accent, etc. » Cette dernière a donc dĂ©cidĂ© de faire l’impasse sur les cours de langue de sa classe de CE2. Elle se contente de « passer quelques chansons en anglais ».

Pourtant, selon les programmes scolaires, les Ă©lèves de primaire doivent bĂ©nĂ©ficier d’une heure et demie par semaine de langue. Dans les faits, il s’agit plutĂ´t d’une heure. En raison de la baisse des horaires Ă  l’Ă©cole primaire, ramenĂ©s Ă  vingt-quatre heures par semaine en 2007, les enseignants se sont recentrĂ©s sur les fondamentaux, le français et les mathĂ©matiques, et ont donc rognĂ© sur d’autres matières jugĂ©es moins prioritaires. « Une heure, c’est mieux que rien, c’est une initiation. On habitue l’oreille, on enregistre quelques mots. Mais il y a une telle carence de moyens que l’on ne peut ensuite prĂ©tendre arriver Ă  un bilinguisme en classe de terminale, c’est un mensonge. Quant Ă  l’apprentissage en maternelle, il ne semble pas franchement prioritaire », affirme Michel Morel. D’autant plus, lorsque les postes d’intervenants en langues font figure de variable d’ajustement budgĂ©taire pour le ministère.

Source : Le Figaro